La Présidente de l’Union sociale pour l’habitat a répondu à nos questions dans le cadre du dossier consacré à la crise du logement par les Cahiers du BTP.
La demande de logements explose, comment enrayer cette tendance ?
Emmanuel Cosse : Nous manquons cruellement de logements, disponibles et de qualité, pour répondre à la demande. C’est même la première fois que celle-ci est aussi forte dans toutes les régions marquées par une dynamique économique en matière d’emploi, avec 2,4 millions de demandeurs de logement, dont près de 1,7 million de ménages en attente d’un logement social. Et pour cause : les délais d’attente – qui peuvent aller jusqu’à 10 ans – s’allongent du fait des difficultés d’accession à la propriété et du manque de logements disponibles sur le marché locatif privé.
En théorie, il faut 500 000 productions nouvelles par an, dont 150 000 logements sociaux, pour satisfaire la demande. Et cette année, l’objectif de produire 110 000 logements sociaux ne sera pas atteint. Tout au plus, nous parviendrons, peut-être, à franchir la barre des 80 000 en 2023. Sans compter que la production de programmes immobiliers privés et de mises en chantier s’inscrit en recul d’au moins 30 % depuis le début de l’année. Nous constatons une atonie totale du marché alors que la crise immobilière est loin d’être arrivée à son terme. Nous devons poursuivre nos efforts en matière de réhabilitation des bâtiments existants avec notamment l’aménagement des friches industrielles, mais aussi augmenter le nombre de programmes de construction dans toutes les régions en tension.
Qu’attendez-vous du nouveau ministre du Logement, Patrice Vergriete ?
La mise en œuvre d’un plan d’engagement massif, associant l’État et les collectivités locales, pour la construction de logements sociaux et privés, abordables et accessibles aux ménages les moins aisés. Pour l’heure, l’État n’a toujours pas indiqué à quelle hauteur il financera la production de logements sociaux. Il est urgent que le gouvernement précise ses ambitions en matière de soutien au logement social et privé.
Que pensez-vous du développement du logement locatif intermédiaire pour désengorger le marché ?
L’État veut favoriser la production de logements locatifs intermédiaires, qui bénéficient d’un loyer inférieur à celui du marché. C’est une bonne chose pour les classes moyennes qui ne peuvent plus accéder à la propriété en raison de la flambée des taux des crédits immobiliers.
Pour autant, ce dispositif ne répond pas aux besoins d’une majorité de ménages, en particulier ceux en quête d’un logement social. Car le loyer pour un logement locatif intermédiaire se situe à 15 € du m2, contre 10 € pour un logement social. Typiquement, une infirmière débutante ou un professeur des écoles n’a pas les moyens de louer un logement intermédiaire.
Je pense aussi à toute une partie des ouvriers et aux saisonniers. Or, aujourd’hui, ces ménages ne peuvent pas accéder à un logement social, parce qu’il n’y en a pas assez. La question de l’accessibilité d’un logement, à un loyer abordable pour une majorité de Français, est vraiment primordiale.

