Le gouvernement envisage une refonte d’ampleur du compte personnel de formation pour réduire les dépenses publiques et réorienter l’utilisation du dispositif vers les compétences jugées stratégiques.
Plusieurs leviers d’économies sont actuellement débattus :
- Un reste à charge majoré ou ciblé : Après l’instauration d’un reste à charge forfaitaire de 100 €, une hausse ou un fléchage par type de formation sont évoqués.
- Le renforcement du cofinancement : Encouragement des abondements par l’employeur ou la branche professionnelle pour valider la pertinence du projet professionnel.
- Le recentrage sur les compétences stratégiques : Priorité donnée aux formations certifiantes en lien avec la transition écologique, le numérique et les métiers en tension.
Selon Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, le « P » de CPF devrait désormais renvoyer à « professionnel » et plus à « personnel » : « Chacun pourra toujours construire son projet professionnel, mais nous voulons désormais faire vérifier que chaque formation est cohérente par rapport aux évolutions professionnelles souhaitées par le salarié et réaliste par rapport au marché du travail. »
Dans les faits, cela implique que chaque personne qui souhaitera suivre une formation devra obtenir la validation d’un tiers. Selon le ministère du Travail, cela pourra être l’entreprise, si la formation se déroule sur le temps de travail, ou un opérateur habilité, comme un conseiller en évolution professionnelle.
Selon Les Échos, « Jean-Pierre Farandou a beau s’en défendre, c’est bien un virage sur l’aile à 180 degrés que le gouvernement veut opérer. De fait, si le projet d’obliger chaque titulaire à en passer par un tiers de confiance pour valider l’accès à la formation souhaitée va au bout, l’un des piliers de la réforme très macronienne de 2018, qui permet à chaque titulaire d’acheter librement une formation, aura vécu. »
Pour l’encadrement, cette réforme soulève deux enjeux majeurs, qui implique toute notre vigilance : d’une part, l‘autonomie de l’action de formation. Le CPF a été conçu comme un droit individuel maintes fois salué par les cadres pour concrétiser des projets de reconversion ou développer des compétences managériales en toute indépendance. Un ciblage trop restrictif réduirait drastiquement cette liberté de choix.
Par ailleurs, la prise en charge des formations certifiantes de haut niveau pourrait être remise en cause. Les cursus longs et diplômants (Executive MBA, certifications d’expertise), souvent coûteux, risquent de voir leur reste à charge exploser si les plafonds globaux sont abaissés.
Il est essentiel que la préservation de la liberté d’initiative des salariés et le maintien des financements pour la montée en compétences et les transitions professionnelles des cadres soient assurées. La formation continue ne doit pas devenir une variable d’ajustement budgétaire.

