Les résultats alarmants sur les discriminations dans l’emploi envers les seniors sont au cœur du 17e baromètre du Défenseur des droits porte. Il est essentiel de se mobiliser.
Le Défenseur des droits, associé à l’Organisation internationale du travail (OIT), a décidé de consacrer son 17e baromètre des discriminations dans l’emploi à la situation des seniors. Alors qu’un quart des 30,6 millions de personnes en âge de travailler en France a plus de 50 ans, selon l’Insee, ceux-ci restent confrontés à d’importantes difficultés d’accès à l’emploi ou de maintien dans l’emploi. Le Défenseur des droits est ainsi régulièrement saisi par des personnes de 50 ans et plus pour des discriminations liées à l’âge (refus d’embauche, incitation à partir à la retraite de façon prématurée, etc.).
« Je suis frappée par l’ampleur des discriminations potentielles que révèle ce Baromètre, affirme Claire Hédon, la défenseure des droits, dans une interview aux Echos. Combien les actifs seniors sont nombreux à évoquer un sentiment de dévalorisation, une sous-estimation des compétences, une relégation à des tâches perçues comme inutiles ou ingrates, de l’inquiétude quant à leur avenir professionnel, la peur de perdre leur emploi… ».
Les seniors en emploi sont majoritairement des cadres (22 %) ou exercent une profession intermédiaire (21,6 %). La proportion de seniors en emploi s’accroît avec le niveau de diplôme : en 2017, elle était de 70 % chez les Bac+2 ou plus, contre moins de 40 % pour les non diplômés ou titulaires du certificat d’études primaires. En France, en 2023, le taux d’emploi des femmes de 55-64 ans (57,2 %) était proche de la moyenne de l’Union européenne (58,1 %), alors que celui des hommes est inférieur de plus de 10 points. Par ailleurs, à 5,7 %, le taux de chômage des seniors reste plus bas que celui de l’ensemble des actifs. Ils sont globalement mieux payés, plus souvent en CDI et moins soumis au sous-emploi que leurs cadets.
Mais près d’un quart des seniors déclarent avoir vécu des discriminations
- Un sur deux a connu des relations de travail dévalorisantes au cours des 5 dernières années.
- Les seniors perçus comme non blancs déclarent davantage que les autres avoir vécu des discriminations dans l’emploi (43 % contre 22 %), de même que ceux déclarant une mauvaise santé (32 % contre 17 %) ou une situation économique précaire (30 % contre 15 %).
- Un tiers des seniors se disent inquiets quant à leur avenir professionnel et un sur cinq déclare travailler avec la peur de perdre son emploi.
À la suite des discriminations subies, 22 % des victimes ont démissionné ou négocié leur départ et 16 % ont été licenciées ou n’ont pas vu leur contrat renouvelé. Près d’une sur cinq a vu ses conditions de travail dégradées, a pris des mesures de protection ou a décidé de se réorienter professionnellement. 71 % des victimes indiquent que leur santé mentale s’est dégradée (tristesse, fatigue, dépression).
Faible recours aux droits
Un tiers des victimes de discrimination, tous âges confondus, n’ont entrepris aucune démarche pour dénoncer les faits. L’absence de signalement s’explique par le fait que les victimes pensaient que cela n’aurait rien changé (43 %), ne savaient pas quelle démarche entreprendre (36 %), craignaient les représailles (26 %), n’avaient pas conscience qu’il s’agissait d’une discrimination (25 %) ou n’avaient pas de preuves (20 %).
Parmi les seniors actifs, ceux des catégories socioprofessionnelles élevées adhèrent en partie à l’idée que « les seniors coûtent cher aux entreprises » (31 % contre 24 % pour l’ensemble de la population active). Mais ils s’élèvent contre les stéréotypes disant que « les seniors ont une santé fragile » (62 % en désaccord) ou qu’ils « sont dépassés par les nouvelles technologies » (65 % en désaccord).
-> Pour en savoir plus, lire l’article de Gilles Lockhart sur le site de la Confédération

