Projet de « grande sécu » : une mascarade !

À quelques encablures de l’élection présidentielle, les loups n’avancent plus masqués. La situation est exceptionnelle et très préoccupante : comment faire face à la hausse conjoncturelle et structurelle des dépenses de santé liées au vieillissement de la population dans un contexte économique inédit ? En toile de fond de ce vaste chantier sociétal, le HCAAM (Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie) a été saisi pour donner son avis sur la façon de mieux articuler l’assurance maladie obligatoire (AMO) et l’assurance maladie complémentaire (AMC). Comment expliquer que le préavis de cette instance ait fuité dans la presse avant diffusion à ses membres et son examen par ces derniers, sauf à penser que les jeux sont truqués ?

« La grande sécu » n’est pas un carré d’as ! Attention, pour la CFE-CGC, cette remise en cause du modèle actuel prônée comme solution miracle ne laissera aux assurés sociaux que leurs yeux pour pleurer !

Il devient évident que l’exercice auquel se livre le HCAAM n’est qu’une mascarade : le renforcement de l’intervention publique dans le financement et la régulation laissera peu de place au choix, par les patients, de leur médecin traitant ou spécialiste voire de l’établissement où ils seront hospitalisés. De surcroît, le chiffrage opaque et incomplet des pistes de solutions envisagées est singulièrement très en deçà des besoins. Il fait apparaitre, de plus, des disparités entre les perdants et les gagnants, ne prend en compte ni les financements nécessaires pour résorber le déficit conjoncturel de l’assurance maladie, ni les besoins en financement à moyen et long terme des frais de santé de demain.

Et qui va payer l’addition ? C’est vous ! À l’évidence, ces travaux conduits essentiellement sous l’angle économique du « quoi qu’il en coûte » augure d’une « grande sécu » au rabais et davantage fragilisée, à l’image du modèle anglo-saxon ouvert à tous mais de piètre qualité. Elle met à mal les avantages de la synergie entre AMO et AMC qui a fait ses preuves et qui permet des économies d’échelle au travers la mutualisation.

« La grande sécu » base qui plus est sa construction sur le principe de vases communicants utopiques entre le système actuel et le système de demain, tant en termes de ressources financières que de moyens humains.

Après les travaux houleux et infructueux engagés sur le sujet de la retraite dite universelle, nous nous attaquons à la santé dite universelle. Or, s’il est bien une vérité, c’est que la santé n’a pas de prix !

Pierre Jan – Relations Presse et institutionnelles
pierre.jan@cfecgc.fr – Tél. : 01 55 30 12 92 – 06 32 05 69 02

« Un contexte propice pour un vaste plan d’investissement »

Quelles sont les missions de l’OFCE ?

Créé en 1981, l’OFCE est un organisme indépendant de prévision économique, de recherche et d’évaluation des politiques publiques. Financée en large partie par l’argent public, l’OFCE a été créé par l’État pour avoir un regard indépendant et parfois critique sur les prévisions et les politiques publiques. Notre mission est de mettre au service du débat public la rigueur scientifique et l’indépendance universitaire, en conduisant des travaux référents, en participant aux réseaux scientifiques internationaux et en coopérant étroitement avec les pouvoirs publics français et européens. L’OFCE regroupe aujourd’hui 50 permanents et chercheurs dans trois départements : études et prévisions macroéconomiques ; questions européennes ; recherche sur les innovations et la concurrence. Ce dernier, centré sur la microéconomie et les entreprises, est basé à Paris et à l’Université de Nice Sophia Antipolis.

Dix-huit mois après le début de la crise sanitaire, comment se porte l’économie française ?

Sous réserve d’un nouveau choc sanitaire, nous sommes clairement dans une trajectoire de sortie de crise. La gestion de la crise Covid a été très différente de la crise financière de 2008, marquée par de fortes politiques d’austérité les années suivantes. Cette fois, l’Europe et la France ont utilisé beaucoup plus de marges de manœuvre budgétaires. L’État a choisi d’augmenter sa dette publique en soutenant massivement les revenus des ménages et les entreprises, par le biais de dispositifs – activité partielle, fonds de solidarité et prêts garantis par l’État (PGE) – dont le montant se chiffre à 230 milliards d’euros environ. Globalement, malgré certains trous dans la solidarité nationale, en particulier concernant les jeunes, les revenus des ménages sont restés stables, avec un surcroît d’épargne d’environ 160 milliards d’euros, car la consommation a chuté. Avec la sortie de crise amorcée, la consommation repart. Les entreprises se sont beaucoup endettées mais ont, en moyenne, conservé de bons niveaux de trésorerie malgré de fortes disparités selon les secteurs. Autres points positifs : la vague de faillite a été moindre qu’escomptée et l’investissement se porte plutôt bien.

Dans le même temps, on a changé de monde puisque la dette est passée de 100 % à plus de 116 % du PIB et que le déficit 2021 devrait atteindre 9 %. Pour résumer, en matière de gestion de crise, on peut dire que Keynes a gagné, avec un soutien massif à l’économie. Le rétablissement des comptes publics est certes un débat important, mais il doit être progressif.

« Malgré quelques effets secondaires, la politique du « quoi qu’il en coûte » a été positive. »

Quel bilan faites-vous des mesures de soutien aux entreprises ?

Cette politique d’aides massives du « quoi qu’il en coûte » a été globalement positive malgré certains effets secondaires dont quelques effets d’aubaine et ce que j’appelle la mauvaise allocation du capital, c’est-à-dire allouer de l’argent public à des entreprises structurellement inefficaces qui auraient normalement dû contracter leur activité ou faire faillite.

Le gouvernement veut désormais limiter l’aide de l’État aux entreprises et aux secteurs les plus sinistrés. Quelle approche préconisez-vous ?

L’exécutif souhaite dorénavant « faire de la dentelle », c’est-à-dire remplacer des soutiens massifs par des aides par entreprise. Or pour cela, il faut des dentelières et l’État n’a pas forcément tous les outils pour agir aussi finement. La dimension sectorielle est fondamentale et doit être appréhendée sous toutes ses interdépendances. Il s’agit de sortir progressivement des mécanismes de soutien, en faisant un bilan précis de la situation des entreprises et des faillites. Il convient aussi d’actionner les mécanismes de renégociation de dettes avec les tribunaux de commerce.

Quel regard portez-vous sur le plan de relance de 100 milliards d’euros mis en place l’an dernier ? 

À l’origine, c’est à la fois un plan de soutien, de relance économique et d’investissements. Désormais, nous devons nous projeter sur l’évolution du tissu productif à cinq et dix ans et sur l’après-crise. Alors que les taux d’intérêt sont historiquement très bas, le coût du remboursement de la dette n’a jamais été aussi faible avec des intérêts à payer de l’ordre de 1 à 1,2 % du PIB, contre 3 % au début des années 2000, quand la dette était à 60 % du PIB, contre 116 % aujourd’hui. C’est un puissant paradoxe : la dette publique est élevée mais son coût est historiquement faible. Le contexte est donc propice pour mener des investissements d’infrastructures bien ciblés de long terme, avec un État entrepreneur. J’insiste : investissons maintenant pour créer la croissance de demain dans des domaines clés : transition énergétique, numérique, politique industrielle, recherche fondamentale, recherche pharmaceutique, formation professionnelle et enseignement supérieur.

Pour recruter, les entreprises doivent se rendre attractives. »

La problématique de la dette suscite beaucoup de débats. Quelle est votre position ?

C’est un sujet sérieux qui ne doit pas être caricaturé par les tenants de l’annulation de la dette ou ceux qui affirment que le pays est en faillite. Oui, le niveau de la dette publique mondiale est aujourd’hui à un niveau jamais connu dans le capitalisme. Mais dans le même temps, jamais les taux d’intérêt n’ont été aussi bas, résultant d’une épargne très importante, supérieure aux investissements, et de la concurrence que se livrent les acheteurs de dette publique que sont les banques centrales, les ménages et les entreprises. Cela crée un schéma inédit, dit de stagnation séculaire, composé d’États endettés et de sous-investissements. C’est un nouveau monde. Il faut lutter contre l’idée selon laquelle l’État serait en faillite : c’est faux. Des efforts seront à faire mais on peut vivre avec des taux d’endettements publics élevés à long terme. Il faut rappeler que les taux d’intérêt décroissent de manière continue depuis 40 ans et que s’ils remontaient, nous aurions les moyens d’ajuster les choses pour assurer la soutenabilité des dépenses publiques.

Les entreprises font état de fortes difficultés pour recruter. Qu’en est-il ?

D’une part, près d’un million de salariés sont encore en activité partielle. Par ailleurs, les difficultés de recrutement étaient déjà importantes en 2019, où les embauches étaient aussi très élevées. On a donc l’impression d’une économie qui réapprend à embaucher et former. Il faut cependant une amélioration des qualifications et de la formation continue des salariés. Les entreprises doivent y prendre toute leur part. Dans certains secteurs comme les services à la personne ou la construction, il y a un problème d’attractivité des métiers. Si les entreprises ont du mal à recruter, c’est aussi à elles de se rendre attractives.

Dans ce contexte, le Medef s’attend à des augmentations de salaires « significatives » en 2022. Est-ce réaliste ?

Après cette crise, les salariés ont réestimé la pénibilité de certains métiers. Cela va conduire à des demandes d’amélioration des conditions de travail, par des hausses de salaires mais aussi par des contrats plus longs ou des CDI à la place de CDD, et par une réorganisation du travail. J’anticipe cependant un débat sur les hausses de salaires en France moins vif qu’aux États-Unis, en Allemagne ou en Espagne, où les salaires ont globalement diminué dans la valeur ajoutée.

Ensuite, on assiste à un retour timoré de l’inflation, cependant bien plus faible en France qu’aux États-Unis. Cela va relancer le débat sur les hausses de salaires et le partage de la valeur ajoutée dans l’entreprise. Il faut voir d’un bon œil une inflation proche de 2 % : cela donne du « grain à moudre » pour le dialogue dans les entreprises. Pour ma part, je suis plutôt inquiet que l’inflation reste sous les 2 % après l’ajustement des prix des matières premières et agricoles, dont la hausse est très conjoncturelle.

La thématique d’un meilleur partage de la valeur revient dans le débat public. Quelle est votre analyse ?

Nous faisons en partie face à des trappes à bas salaires, créées par la défiscalisation des emplois peu qualifiés au voisinage du SMIC, au détriment de véritables trajectoires de dynamique salariale. Il convient, par le biais du dialogue social, d’améliorer la répartition des richesses créées dans l’entreprise et la représentation des salariés dans les conseils d’administration pour responsabiliser toutes les parties prenantes.

Propos recueillis par Mathieu Bahuet