Contraint de se réinventer, Belfort mise sur l’hydrogène

Le choix de Belfort par McPhy, fabricant d’équipements de production et distribution d’hydrogène décarboné, représente la première pierre d’un écosystème en pleine recomposition dans le nord Franche-Comté. Le 20 mai dernier, cet industriel français en pleine croissance, qui ambitionne de figurer parmi les leaders de sa spécialité, a annoncé la construction, dans la ville d’Alstom et de General Electric, de sa
« Gigafactory » (usine géante) de 400 salariés, opérationnelle à partir du premier semestre 2024. Le projet représente un investissement de 30 à 40 millions d’euros.

Pour le Territoire de Belfort, cette annonce a déjà une valeur de symbole. Le département a subi les crises d’Alstom et les conséquences sociales des promesses non tenues du conglomérat américain General Electric. Il s’interroge sur son avenir, qui dépend traditionnellement des grands donneurs d’ordres industriels. General Electric employait 4 800 salariés au moment du rachat de la branche énergie d’Alstom, en 2015. Les suppressions de postes se sont depuis succédées. Scott Strazik, président de la division GE Gas Power, plaide une « situation de surcapacité industrielle » pour justifier la réduction des équipes belfortaines, quand les organisations syndicales l’accusent d’avoir délocalisé des équipes entières vers l’Inde ou la Hongrie.

Pour réaliser son implantation à Belfort, McPhy recevra un soutien financier (10 millions d’euros) versé par le « fonds Maugis ». Ce fonds de restructuration, opérationnel depuis décembre 2020, est alimenté par la pénalité de 50 millions d’euros que General Electric a versée pour n’avoir pas tenu la promesse contractuelle de créer 1 000 emplois lors du rachat, en 2015, de la branche énergie d’Alstom. McPhy attend aussi une participation européenne au titre du programme PIIEC (Projets importants d’intérêt commun européen), dispositif de financement destiné à favoriser des alliances compétitives dans l’hydrogène, l’informatique en nuages (cloud) et la microélectronique. Le PIIEC est financé par le plan de relance européen.

« Le Territoire de Belfort a été de toutes les révolutions industrielles et ses filières se sont toujours reposées sur l’énergie, les chaudières et les locomotives, observe Christophe Grudler, député européen (Renew), membre de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie, et ancien conseiller départemental du Territoire de Belfort. La filière énergie recense près de 1 000 entreprises. Elle représente 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 7 700 emplois. »

« À Belfort, nous sommes des Global Players, poursuit Christophe Grudler. C’est-à-dire que nous jouons dans la cour des grands. Le plan de licenciement de General Electric dans son activité Turbines est ridicule. Il touche à la matière grise, avant de toucher à la production. Les ingénieurs qui font de l’intégration dans les centrales électriques savent aussi bien faire du charbon que du nucléaire ou de l’hydrogène. Il va y avoir un foisonnement d’initiatives dans l’hydrogène dans le nord de la Franche-Comté. C’est l’Eldorado de demain ! »

Mobilisation de la filière et des syndicats
Frappé par les plans sociaux de General Electric, le Territoire de Belfort craint pourtant de perdre son savoir-faire collectif. « Les sous-traitants dans les bureaux d’études sont déjà touchés par la stratégie de délocalisation dans des pays à bas coûts », juge Philippe Petitcolin (CFE-CGC), porte-parole de l’intersyndicale de General Electric à Belfort.

Dès lors, la filière s’est mobilisée. L’association Apsiis (Association de Préfiguration de Sociétés d’Intégration et Ingénierie Systèmes) a été créée en février 2021 avec le soutien de l’intersyndicale General Electric pour susciter la création d’entreprises sur le territoire et pour favoriser le développement de projets dans l’ingénierie de l’énergie. « Nous avons monté cette association pour conserver des compétences de conception et d’intégration dans le nord Franche-Comté, précise Philippe Petitcolin, qui a pris la présidence d’Apsiis. L’idée est de mettre en commun des ingénieurs experts et des investisseurs pour créer des emplois. Nous allons identifier les briques technologiques pour lesquelles des compétences existent en Franche-Comté. »

Quatre syndicats, l’agence de développement économique régionale et un ancien directeur de General Electric figurent parmi les membres fondateurs d’Apsiis. Deux universités (Université de Franche-Comté, Université de technologie de Belfort Montbéliard) accompagnent le projet.
« Belfort souffre, mais regarde vers l’hydrogène », acquiesce Pierre Lamard, professeur d’histoire industrielle à l’université de technologie de Belfort-Montbéliard. « Joe Biden a signé le retour des États-Unis dans les accords de Paris. L’hydrogène redevient un enjeu intéressant pour les Américains », rappelle l’universitaire.

Une filière complète est en phase d’élaboration sur le territoire, avec plusieurs acteurs privés. » (Philippe Petitcolin, CFE-CGC)

« Notre axe stratégique identifié, c’est l’hydrogène décarboné, avec plusieurs acteurs privés déjà engagés et une filière complète en élaboration sur le territoire », confirme Philippe Petitcolin.
« Faurecia va fabriquer des réservoirs d’hydrogène. Isthy, un institut issu de la PME Rougeot Energie, va les tester. L’entreprise Gaussin fabrique déjà des véhicules à hydrogène. McPhy vient d’annoncer son intention de produire des électrolyseurs dans le Territoire de Belfort. Le bureau d’étude EuroCFD et Altran vont concevoir une modélisation des process hydrogène, avec tous leurs principaux composants », détaille le coordinateur des huit sections CFE-CGC de General Electric à Belfort.

Quelle place pour l’association Apsiis dans cet écosystème ? « Les besoins en assistance à maître d’ouvrage ont déjà été identifiés. Nous avons des dizaines d’ingénieurs pour les accompagner », propose Philipe Petitcolin. Apsiis entend aussi engager une campagne de lobbying dans le nucléaire, afin d’assurer la promotion des petits réacteurs modulaires : les SMR (Small Modular Reactors). « La France a dix ans de retard sur la Russie et les États-Unis.
Nos outils sont utilisables dans les SMR. Si notre pays veut se positionner sur cette technologie, le seul endroit possible, c’est Belfort »
, promet Philippe Petitcolin.

Olivier Mirguet

Accords non signés : les trahisons de General Electric

NOVEMBRE 2014 – ACCORD ENTRE GE ET L’ÉTAT FRANÇAIS
Un accord entre l’État français et General Electric Company autorise l’entreprise américaine à acquérir l’activité Energie et Réseaux (« Power and Grid ») d’Alstom, en contrepartie d’engagements en matière d’emploi, d’organisation, de quartiers généraux et d’investissement. Au fil des ans, pratiquement aucun ne sera tenu.

2018 – PREMIÈRE MOBILISATION DES SYNDICATS
Devant l’inertie de l’entreprise, les représentants du personnel (la CFE-CGC en tête) s’attellent, sans le soutien de General Electric, à la construction d’un projet industriel et de diversification.

MAI 2019 – ANNONCE D’UN PSE TRÈS VIOLENT
GE annonce un projet de suppression de 792 postes (sur 1 760) dans l’activité turbines à gaz. L’État français l’entérine en reprenant les arguments fallacieux de l’entreprise sur l’effondrement de ce marché alors que l’ensemble des experts, notamment l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en prévoit le rebond.

OCTOBRE 2019 – COMPROMIS ENTRE GE ET LES SYNDICATS
Après plusieurs mois de discussions, un accord est trouvé à Bercy entre GE, la CFE-CGC et SUD. Les représentants des salariés acceptent un PSE de 485 postes et des mesures d’économie pour réduire les coûts de fonctionnement, en contrepartie d’engagements forts de GE sur le recrutement de salariés et le projet industriel du site de Belfort.

MAI 2020 – GE LORGNE SUR LA DÉLOCALISATION
GE annonce un projet de délocalisation de ses activités françaises, notamment vers l’Arabie saoudite et les États-Unis.

FIN 2020 – NOUVEAU PSE DANS LA BRANCHE NUCLÉAIRE
GE trahit encore Belfort en annonçant vouloir supprimer 238 postes sur près de 1 800 dans sa branche nucléaire, GE Steam Power Systems. À la suite des oppositions, dont une manifestation de 300 salariés à Belfort le 9 avril, ce chiffre sera ramené à 144 suppressions de postes.

8 FÉVRIER 2021 – MISE EN DEMEURE PAR L’INTERSYNDICALE
L’intersyndicale de l’entité belfortaine turbines à gaz (CFE-CGC Métallurgie Franche-Comté et SUD Industrie Franche-Comté) met en demeure GE de respecter les accords signés en 2014, puis en octobre 2019.

31 MARS 2021 – RÉPONSE DE GENERAL ELECTRIC
Le PDG de GE Gas Power, Scott Strazik, répond à la mise en demeure des syndicats. Il affirme que l’entreprise respecte les accords autant que la situation économique le permet.
La CFE-CGC et SUD démentent point par point ses arguments et décident de poursuivre la procédure au regard du non-respect des engagements de GE et de l’absence de perspectives d’avenir pour le site de Belfort.

2 AVRIL 2021 – MISE EN DEMEURE DE L’ÉTAT FRANÇAIS
Après GE, les syndicats CFE-CGC et SUD mettent en demeure l’État français de faire appliquer les accords de 2014 signés lors du rachat de la branche énergie d’Alstom.

9 AVRIL 2021 – « GE SE MOQUE DE LA FRANCE »
À la suite du 6e comité paritaire de suivi des engagements de GE (comités prévus dans l’accord de 2019), l’intersyndicale estime que « GE se moque de la France et piétine les accords signés » et publie une liste exhaustive des non-conformités.

7 MAI 2021 – L’ÉTAT DONNE RAISON AUX SYNDICATS
Dans sa réponse à la lettre de mise en demeure de l’intersyndicale, l’État français reconnaît officiellement que le groupe américain n’a pas respecté ses engagements de 2014 concernant la localisation en France des centres de décisions.

10 MAI 2021 – ASSIGNATION DE GE AU TRIBUNAL JUDICIAIRE
La CFE-CGC et SUD saisissent le tribunal judiciaire de Belfort pour demander au juge de faire injonction à General Electric energy products France (GEEPF) de respecter ses obligations contenues dans les accords de 2014 et de 2019, sous astreinte de 15 000 euros par jour de retard pour chacun des engagements non respectés.

1ER JUILLET 2021 NOUVELLE MISE EN CAUSE DE L’ÉTAT
La CFE-CGC et SUD saisissent une nouvelle fois le tribunal administratif pour la responsabilité de l’État français dans le non-respect de l’accord de 2014 par General Electric et dans les lourdes conséquences qui en découlent : « La mise à mort d’un territoire industriel stratégique pour la France ».

Gilles Lockhart

 

Le magazine de juin 2021

La CFE-CGC est l’organisation syndicale représentative qui progresse le plus, déclare François Hommeril dans l’Édito du mois. »

AU SOMMAIRE NOTAMMENT DE CE NUMÉRO :

  • Un dossier sur l’industrie française ; 
     
  • Un focus sur le fait religieux en entreprise ;

Vous pouvez consulter le magazine en version numérique ici.

Loi climat : un road-movie parlementaire préjudiciable !

La CFE-CGC a proposé des amendements pour faire entrer les prérogatives environnementales dans les CSE d’une manière concrète et pragmatique. Elle est convaincue que les entreprises, et toutes les parties prenantes qui la composent ont, au vu de l’urgence climatique actuelle, (les événements mondiaux de ces derniers jours le prouvent) la responsabilité d’agir, de trouver des solutions et des actions afin d’intégrer véritablement la question environnementale dans leur modèle économique.

Les parlementaires, notamment les sénateurs avaient sollicité les partenaires sociaux afin de trouver « des pistes » pour intégrer la question climatique au sein des CSE. Chose faite, cinq propositions d’amendements ont été élaborées par la CFE-CGC à savoir intégrer une procédure de consultation spécifique sur les conséquences environnementales de l’activité de l’entreprise, attribuer le recours par le CSE à une expertise spécifique financée par l’employeur, faire bénéficier les membres du CSE d’une formation environnementale, créer une commission environnement obligatoire dotée d’un budget propre, attribuer des heures de délégation supplémentaires aux membres de la commission environnement du CSE. De plus nous avions préconisé d’utiliser les Objectifs de Développement Durable comme grille de référence commune pour l’ensemble des entreprises afin de faire progresser les politiques RSE.

Il ressort que la Loi Climat consacre des attributions environnementales au Comité Social et Économique qui gagne en légitimité sur ces sujets : l’accès à de nouvelles informations (BDESE) lui donne les moyens de mieux participer à l’élaboration et au suivi des stratégies environnement de son entreprise.

La loi assoit l’obligation de négocier un dispositif de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences pour répondre aux enjeux de la transition écologique.

Il n’en demeure pas moins que l’entreprise semble être la grande absente de cette loi et les représentants du personnel oubliés. Commission obligatoire environnement, formation, expertises indépendantes, … se sont perdues dans les méandres des couloirs parlementaires.

L’écoute, la concertation et la compréhension de l’enjeu auraient pu conduire à une voie constructive pour les salariés et les entreprises, au final un rendez-vous manqué !

Madeleine GILBERT
Secrétaire Nationale Nouvelle Offre de services
Développement Durable – RSE

Pass sanitaire et licenciement : le dérapage !

Depuis le début de la pandémie, la CFE-CGC s’est abstenue avec constance de critiquer les décisions gouvernementales en matière sanitaire. Mieux encore, nous les avons soutenues, persuadés que le fait d’émettre un jugement sur l’heure du couvre-feu, la hauteur d’une jauge ou la distance autorisée de promenade quotidienne ne pouvait qu’ajouter au désordre et à l’inquiétude ambiants.

Nous avons en revanche systématiquement demandé à avoir plus d’autonomie, en responsabilité, sur les questions concernant l’entreprise, le fonctionnement de la collectivité de travail, la régulation du télétravail, etc.. Et finalement en dépit de quelques heurts, de frottements, et grâce à beaucoup d’heures de concertation avec la ministre du Travail nous sommes parvenus à une forme d’équilibre.

Sur la question de la sanction en cas de non-présentation du pass sanitaire, nous avons été mis devant le fait accompli sans concertation préalable sur un texte mal rédigé, mal intentionné et élaboré en catimini dans un ministère affolé mettant sur un pied d’égalité le fait de se faire refouler d’un cinéma et de perdre son emploi !

Le dérapage est énorme.

C’est transgressif, dangereux et inquiétant de voir apparaître pour la première fois un motif de licenciement à la charge du salarié pour une raison relevant de sa vie privée.

Pour notre organisation, la vaccination est le moyen le plus efficace pour lutter contre la pandémie cependant, la CFE-CGC est en complète opposition avec la disposition sur le licenciement et exhorte le gouvernement à revenir à la raison et à expurger le projet de texte de cette disposition injuste, disproportionnée et dangereuse.

Pierre Jan – Relations Presse et institutionnelles
pierre.jan@cfecgc.fr – Tél. : 01 55 30 12 92 – 06 32 05 69 02

Forêts : le contrat de plan État-ONF ne répond pas au problème

Pas de répit pour l’ONF. Coup sur coup, plusieurs sujets de gestion et de dialogue social viennent de secouer cet EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) créé en 1964 pour gérer les 11 millions d’hectares de forêts domaniales françaises.

Il y a eu principalement l’adoption, le 2 juillet dernier, par le conseil d’administration de l’ONF, du nouveau contrat de plan avec l’État. Ce document, qui définit la stratégie et le budget de l’Office pour les années 2021-2025, n’est pas passé comme une lettre à la poste. « Toutes les parties prenantes (communes forestières, professionnels du bois, chasseurs, associations de défense de l’environnement…), en dehors des représentants de l’État, ont rejeté unanimement ce contrat qui ne répond à aucun des problèmes structurels de l’établissement », explique Arnaud Metais, représentant syndical
CFE-CGC et secrétaire-coordinateur du syndicat EFA-CGC à l’ONF.

Il a fallu que le président du conseil d’administration Jean-Yves Caullet, un ancien préfet, ex-député (PS) et ex-élu communal, bascule dans le camp de l’État – alors même qu’il tient sa légitimité des communes, opposées au contrat de plan – pour que sa voix, prépondérante, départage les 15 « pour » et les 15 « contre ».

Du côté de l’EFA-CGC, l’incompréhension est patente. « Le contrat, depuis sa première version communiquée à l’automne 2020, n’a subi que de rares modifications à la marge, sans tenir aucun compte de nos contributions, pourtant riches et argumentées. Ces éléments attestent, s’il en était besoin, du refus de toute concertation », commente Arnaud Metais.

« Un cri d’alerte face à des restructurations permanentes qui entrainent risques psychosociaux, épuisement et démotivation »

Dans ses grandes lignes, le contrat de plan prévoit la suppression de près de 500 postes d’agents de l’ONF sur 8 400 dans les cinq ans. Certes, il ne s’agit pas d’un plan social, mais de départs à la retraite et de départs naturels, rendus inévitables par la pyramide des âges. Le combat ne porte donc pas sur la préservation des contrats individuels, mais bien sur l’avenir de l’ONF et sur les conditions de travail des salariés qui restent. Selon une équation bien connue, il va y avoir moins de monde pour accomplir autant, sinon plus, de missions.

Le CCHSCT des 16-17 juin 2021 a d’ailleurs vivement alerté sur les risques psychosociaux, avant même le vote du conseil. « Nous y avons poussé un cri d’alarme ! », s’exclame le coordinateur syndical, qui dénonce « une situation dramatique depuis de nombreuses années, avec le malaise grandissant des managers, une organisation du travail qui n’est plus adaptée, des restructurations permanentes qui entrainent RPS, épuisement, démotivation. »

Deux autres sujets suscitent l’inquiétude : le premier est la filialisation d’une partie des activités concurrentielles, conçue selon un « agenda initial intenable ». Elle vient d’être repoussée mais pas annulée, et ne figure pas dans le contrat de plan, ce qui veut dire que si elle s’appliquait, elle ne serait assortie d’aucun engagement de l’État à ce stade.

AVENIR DE L’ONF : UN VÉRITABLE SOUCI D’INTÉRÊT NATIONAL

Le second est la déclinaison de la loi ASAP (loi d’accélération et de simplification de l’Action Publique). Un projet d’ordonnance présenté début juillet permettrait à l’ONF de recruter des personnels de droit privé sur tous les postes, entérinant ainsi la fin du statut de fonctionnaire dans l’établissement. Les personnels de droit privé pourront intégrer certaines fonctions et réaliser des missions dévolues jusqu’alors aux seuls personnels de droit public titulaires, notamment les missions de police, sujet qui fait polémique.

En filigrane des questions socio-professionnelles, il apparaît un véritable souci d’intérêt national. « L’impact de ce contrat de plan et de ces réformes dépasse le cadre des personnels de l’ONF, analyse Arnaud Métais. Il porte atteinte au patrimoine naturel et historique français en obérant fatalement, à terme, la gestion des forêts domaniales héritées de nos ancêtres. »

Gilles Lockhart

Santé au travail : des avancées et un bel exemple !

Après près de sept mois d’examen parlementaire, la proposition de loi pour renforcer la prévention de la santé au travail vient de trouver sa version définitive après consensus trouvé en commission mixte paritaire.

La CFE-CGC se félicite que le texte ait retenu certaines des propositions d’amendement qu’elle a portées devant les parlementaires.

Il ne fait aucun doute que le processus de dialogue instauré dans le cadre du débat démocratique a permis d’éclairer le sujet tout au long des rencontres et de faciliter la maturité du texte sur la base de l’ANI souscrit par les partenaires sociaux sur cette thématique majeure.

Ce texte concrétise le focus sur la prévention primaire mis en avant par les partenaires sociaux ; il met en place des mesures adaptées et pragmatiques visant à permettre la prévention des risques professionnels quelle que soit la taille des entreprises tout en  élargissant les risques aux conditions de travail.

Il consolide, au travers du dispositif PDP (prévention de la désinsertion professionnelle) et de sa cellule, un retour à l’emploi ou une réorientation professionnelle  après un arrêt de travail.

Il instaure les gardes fous nécessaires pour un fonctionnement efficient des services de prévention de santé au travail (SPST) en précisant le cadrage de l’offre de service tout en redonnant au médecin du travail la place qui est véritablement la sienne pour assurer le suivi médical des salariés.

Cette loi, lorsqu’elle sera promulguée, ouvrira de grands chantiers, non seulement sur les textes règlementaires annoncés pour en préciser la déclinaison, mais aussi, sur les travaux à conduire, notamment, sur les référentiels de l’offre de service des SPST…

Cette réussite collective sur le sujet de la santé au travail ne devrait-il pas servir d’exemple en matière de santé publique, particulièrement au regard de la période que nous traversons ?

Elle illustre, sans conteste, la vertu du dialogue et de l’échange conduits dans la sérénité, lesquels demeurent pour la CFE-CGC, quels que soient les enjeux, les seuls vrais atouts pour comprendre, prendre de la distance et construire des propositions pertinentes.

Pierre Jan – Relations Presse et institutionnelles
pierre.jan@cfecgc.fr – Tél. : 01 55 30 12 92 – 06 32 05 69 02

Fonction publique : la CFE-CGC signataire de l’accord télétravail

Quelques mois après la signature d’un accord national interprofessionnel (ANI) sur le télétravail pour le secteur privé, les partenaires sociaux ont finalisé un accord (consultable ici) afin d’encadrer le dispositif dans la fonction publique. Signé le 13 juillet à l’unanimité des neuf organisations syndicales représentatives, dont la CFE-CGC, et par les représentants des employeurs territoriaux et hospitaliers, cet accord, salué par le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques, donne un cadre clair et concerté quant aux modalités de mise en œuvre du télétravail dans les trois versants de la fonction publique (État, hospitalière et territoriale).

TOUS LES EMPLOYEURS PUBLICS DEVRONT ENGAGER DES NÉGOCIATIONS D’ICI LE 31 DECEMBRE 2021

Engagée en mars 2021 dans le cadre des nouvelles dispositions prévues par l’ordonnance du 17 février 2021 relative à la négociation et aux accords collectifs dans la fonction publique, la négociation entre partenaires sociaux a donc débouché sur un accord contraignant puisque tous les employeurs publics devront engager des négociations d’ici le 31 décembre 2021.

Dans le détail, les agents publics pourront, à partir du 1er septembre 2021, télétravailler à raison de trois jours par semaine maximum. Pour la fonction publique de l’État et la fonction publique hospitalière, l’accord prévoit l’indemnisation forfaitaire des frais à hauteur de 220 euros annuel maximum. Pour la fonction publique territoriale, la mise en œuvre de l’indemnisation s’inscrit dans le cadre du principe de libre administration des territoriales. Comprenant de nombreuses dispositions en matière de formation, de management, de santé au travail, d’accompagnement professionnel de l’ensemble du collectif de travail et de protection des données, l’accord donne également la possibilité, pour un proche aidant, avec l’accord de l’employeur, de télétravailler plus de trois jours par semaine.

LA FÉDÉRATION CFE-CGC DES SERVICES PUBLICS FORTEMENT MOBILISÉE

« Cet accord pose un cadre normatif et crée un socle commun aux trois versants, résume Nathalie Makarski, présidente de la Fédération CFE-CGC des services publics. Après un dialogue social constructif, notre Fédération, fortement mobilisée, a obtenu plusieurs avancées notables parmi lesquelles une définition claire du télétravail, une négociation de proximité à partir de l’accord cadre, le principe du partenariat, le développement des tiers lieux (autres que le lieu d’exercice habituel ou le domicile), la prévention des risques, la consécration d’un véritable droit à la déconnexion, une vigilance sur le temps et la charge de travail ainsi que des droits nouveaux pour les agents en situation particulière : femmes enceintes, proches aidants et agents en situation de handicap. »

Mathieu Bahuet

 

 

ADP : la CFE-CGC signe un accord de sortie de crise

Au terme de plusieurs journées de grève à l’appel de l’intersyndicale (CFE-CGC, UNSA, CGT), marquées notamment par l’interpellation, le 9 juillet, de plusieurs responsables syndicaux dont Véronique Pigueron, présidente de la CFE-CGC ADP, un accord de fin de grève a été trouvé le 13 juillet. Signé par la direction d’ADP, par la CFE-CGC (première organisation syndicale du groupe) et par l’UNSA, mais rejeté par la CGT, le texte comporte plusieurs avancées notables dans le cadre du plan d’adaptation des contrats de travail (PACT) imposé par ADP avec l’approbation de l’État, actionnaire majoritaire de l’entreprise (6 400 salariés).   

« À un moment, face à l’escalade du conflit, au risque d’enlisement et à celui du retrait de badge de sûreté, indispensable pour travailler sur les plateformes, il faut prendre ses responsabilités et savoir terminer une grève, surtout avec l’annonce du 12 juillet restreignant les rassemblements à 50 personnes maximum, justifie Rachid Eddaidj, secrétaire général et délégué syndical CFE-CGC. La mobilisation intersyndicale a permis de reprendre les discussions avec la direction, et d’obtenir plusieurs améliorations substantielles pour les salariés, avec notamment des garanties sur l’encadrement des baisses de rémunération et leur limitation dans le temps, et la renonciation à la clause de mobilité géographique. Ce n’est pas rien, sachant qu’il faut rappeler que ce plan est mis en œuvre unilatéralement par la direction d’ADP, et qu’il a d’ores et déjà et été validé par l’État et par la DREETS, l’instance d’homologation des plans sociaux. »

DES PREMIÈRES CONTREPARTIES NON NÉGLIGEABLES

Dans un contexte très difficile, « la CFE-CGC a été prise de cours afin de communiquer en interne, avant la direction, sur ce protocole de sortie de grève », témoigne Rachid Eddaidj. Comme à l’automne dernier, la CFE-CGC, avec l’appui en back office de son avocat et du cabinet d’expertise Secafi, a donc pesé de tout son poids pour obtenir des premières contreparties loin d’être négligeables.

Dans le détail, l’accord de sortie de crise prévoit ainsi plusieurs garanties :
– Les salariés sont assurés qu’ils ne perdront pas plus de 5 % de leur rémunération en 2021 et en 2022, puis pas plus de 4 % en 2023, avec la garantie de retrouver leur rémunération de 2019 au plus tard en 2024, sans condition. Si le niveau de 2019 de trafic dans les aéroports était retrouvé avant 2024, alors cette garantie s’appliquerait.
– L’ajustement des dispositifs de calcul de la base de rémunération de 2019 dans un sens favorable aux salariés.
– La suppression de la clause de mobilité géographique pour tous les salariés.
– La revalorisation des indemnités kilométriques selon les rythmes horaires.
– Dans le cadre des réorganisations en cours, la prise en compte, pour tous les salariés travaillant en horaires décalés, des éventuelles pertes d’heures majorées dans les tableaux de services.

LA MOBILISATION CONTINUE 

« Nous n’avons pas décroché la lune mais ces premières mesures permettent de limiter les impacts engendrés par le plan d’adaptation des contrats de travail et, en matière de rémunération, de préserver les primes annexes des salariés, résume Rachid Eddaidj. Il est de notre responsabilité syndicale, dans le cadre contraint d’un plan unilatéral que la CFE-CGC a combattu, d’obtenir le maximum de contreparties et de mesures pour les salariés qui sont épuisés par la situation des derniers mois. Après la trêve estivale, nous reprendrons les discussions pour continuer de faire valoir nos revendications sachant qu’en parallèle, nous menons, avec le comité social et économique (CSE), plusieurs actions juridiques. »

Mathieu Bahuet
 

« L’industrie française, c’est 3 millions d’emplois directs ! »

Comment se porte l’industrie, soumise à rude épreuve durant la crise ?

Si l’on revient quelque peu en arrière, il faut rappeler que l’année 2019, pour la première fois depuis plus de vingt ans, avait vu l’industrie ne pas perdre d’emplois en France. La dynamique était donc plutôt favorable jusqu’à la crise sanitaire, en mars 2020. La pandémie a évidemment créé un énorme choc. Tout s’est quasiment arrêté brutalement. Puis les entreprises ont travaillé sur des protocoles sanitaires pour favoriser le redémarrage progressif des activités industrielles. Globalement, certaines filières s’en sont bien sorties : agro-alimentaire, mode et luxe, chimie, matériaux… Il faut aussi noter que des petites unités ont su, avec agilité, transformer leurs outils de production afin, par exemple, de produire des masques.

A contrario, quelles sont les filières qui ont le plus souffert ?

Le secteur le plus touché est incontestablement l’aéronautique avec de nombreuses restructurations mises en œuvre dès le deuxième semestre 2020 dans les entreprises, en particulier Airbus et toute sa filière de sous-traitants. Aujourd’hui encore, les perspectives demeurent compliquées et les difficultés sont amplifiées par la progression des considérations écologiques et par le phénomène d’avion bashing qui émerge dans l’opinion publique.

L’automobile est un autre grand secteur en souffrance, sous l’effet de l’accélération des grandes mutations en lien avec le recul du diesel et du thermique. En témoignent les grosses difficultés rencontrées par la Fonderie du Poitou (fonte), productrice de carter cylindre pour moteurs diesel et essence, ou par Bosch, contraint de supprimer 750 emplois dans son usine de Rodez (Aveyron) où sont fabriqués des injecteurs et des bougies pour véhicules diesel. La filière automobile souffre qui plus est d’une pénurie de semi-conducteurs en provenance d’Asie. Enfin, n’oublions pas que la crise a fait exploser le prix du fret maritime, et créé de grosses tensions sur les prix de certaines matières premières (métaux) dont pâtissent plusieurs filières.

Notre industrie est trop dépendante de l’Asie »

Combien d’emplois représente le secteur industriel ?

L’industrie française, c’est aujourd’hui 260 000 entreprises (dont 60 % de TPE et PME), un peu plus de 3 millions d’emplois directs et 4,5 millions d’emplois indirects. Au-delà des effets de la crise, la transition écologique et tous les enjeux afférents (neutralité carbone, énergies renouvelables, rénovation énergétique des bâtiments, économie circulaire, etc.) va faire évoluer significativement, à moyen et long terme, l’industrie française. Ce sont en effet des investissements colossaux pour tout un nombre de filières, par exemple le pétrole et la production de métaux. Les métiers vont se diversifier et il faudra accompagner toutes ces transitions, sachant que la France sait former des ingénieurs et des techniciens de haut niveau.

La pandémie de Covid-19 a crûment mis en lumière la dépendance industrielle de la France. Comment favoriser une relocalisation de la production ?

La problématique de notre dépendance aux composants électroniques se pose avec une grande acuité, en dépit d’un champion national dans le secteur (STMicroelectronics). Plus globalement, l’industrie française est aujourd’hui beaucoup trop dépendante de l’Asie. S’agissant des masques et des médicaments, le constat a été implacable. Quand Sanofi sabre dans ses investissements en R&D toutes ces dernières années, ce n’est pas un bon signal envoyé. Concernant les médicaments, on a délaissé la production des principes actifs. Le problème aujourd’hui, c’est qu’il est difficile de pouvoir relocaliser du jour au lendemain, même avec la meilleure volonté politique. L’État doit commencer par créer les conditions pour favoriser un écosystème national et inciter – par exemple fiscalement – des entreprises à investir en France.

Il faut par ailleurs continuer de lever les freins à la construction d’usines dans les friches industrielles. Comme l’a montrée la mission conduite en 2019 par le député Guillaume Kasbarian (LREM) pour accélérer l’implantation industrielle en France, le potentiel est là puisque l’on dénombre aujourd’hui sur le territoire national 80 sites industriels opérationnels clés en main : fouilles archéologiques et pré-travaux conformes, logistique effective, etc.

La France progresse en matière de robotisation, d’automatisation et de digitalisation »

35 des 100 milliards d’euros du plan de relance gouvernemental face à la crise ont été affectés à l’industrie. Qu’en pensez-vous ?

En premier lieu, il va falloir dépenser ces 35 milliards. Or tout l’argent mis sur la table ne l’a pas encore été. Ce montant englobe à la fois les plans de soutiens et toutes les aides pour les filières ; les appels à projets pour les aides à la relocalisation ; les investissements en faveur de l’industrie du futur : robotisation, déploiement de la 5G…

Ces sujets de l’usine du futur et de la modernisation de nos PME et ETI industrielles ont été lancés dès 2014 par Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif. La France a longtemps accusé un retard en matière de robotisation, d’automatisation et de digitalisation. Aujourd’hui, dans le cadre du plan de relance, les choses vont dans le bon sens avec plusieurs appels à projet mobilisant des investissements très importants. Nous changeons de braquet et c’est tant mieux. Il convient d’ailleurs de saluer la création récente d’un 19e comité stratégique de filière (CSF) au sein du Conseil national de l’industrie (CNI), intitulé « Solutions Industrie du Futur ». Rappelons enfin que la France dispose, à l’image de Somfy et Staubli, de quelques fleurons industriels sur les solutions domotiques et l’automatisation.

L’apprentissage va-t-il enfin décoller en France ? Quid des compétences face aux nouveaux enjeux de l’industrie ?

La crise sanitaire a généré, en 2020, de grosses inquiétudes vis-à-vis de l’apprentissage. Fort heureusement, les entreprises industrielles, en particulier dans la métallurgie mais pas seulement, se sont fortement mobilisées pour maintenir le recours aux apprentis. L’image de l’apprentissage a qui plus est évolué très favorablement ces dernières années, séduisant de plus en plus les jeunes. Plus largement, les enjeux de formation vont être fondamentaux pour transformer les compétences des salariés selon l’évolution des besoins des filières dans les territoires. Ce n’est pas toujours simple car il faut composer avec divers freins : mobilité géographique, coût du logement, etc.

Quel rôle joue le Conseil national de l’industrie dont fait partie la CFE-CGC ?

Le CNI est une instance qui associe les pouvoirs publics, les représentants des industriels et les représentants des salariés de l’industrie. Il a pour vocation de conseiller les pouvoir publics sur l’état de l’industrie en France. Il est force de proposition pour soutenir la compétitivité des secteurs d’activité et participer au développement des industries, de leurs emplois et de leurs compétences. Sous l’égide du CNI, il existe 19 comités stratégiques de filière chargés d’établir des contrats de filière avec un cahier des charges pour identifier les enjeux clés.

Récemment, sous l’impulsion de son nouveau vice-président, Alexandre Saubot, le CNI a souhaité associer toutes les parties prenantes, dont les organisations syndicales, pour faire des propositions au gouvernement. Nous avons rapidement convergé pour la mise en place de trois groupes de travail ces prochains mois : la politique industrielle de l’énergie ; la relocalisation et l’autonomie stratégique de l’industrie française ; l’attractivité de notre industrie pour inciter davantage les entrepreneurs français et internationaux à investir dans des usines en France. La CFE-CGC y tiendra toute sa place et fera valoir ses positions.

Propos recueillis par Mathieu Bahuet

A lire aussi : 
Le dossier sur l’industrie française paru dans le Magazine CFE-CGC n°11