« Le SNSH CFE-CGC défend le personnel médico-technique d’un hôpital »

En tant que docteurs en Sciences exerçant dans des laboratoires hospitaliers, quels sont les problèmes que vous rencontrez ?

Fabienne Desmots-Loyer (docteur en biologie cellulaire et moléculaire, élue CFE-CGC au CTE du CHU de Rennes, administratrice du SNSH) : Pour avoir fait le tour avec des collègues du SNSH, et au vu de ce qui ressort des différents comités techniques d’établissements (*), je dirais que le bilan social général des CHU n’est pas si reluisant que cela. Le discours positif de l’administration, axé sur l’équilibre financier des hôpitaux, entre à mon sens en discordance avec le ressenti d’une grande partie du personnel qui est en souffrance et pas seulement à cause du Covid. La crise sanitaire a aggravé un certain nombre de sujets : départs non remplacés, surchauffe du temps de travail, absence de reconnaissance salariale, différentiels de traitement des personnels entre CHU.

Guillaume Banneau (ingénieur biologiste, secrétaire général du SNSH et président du syndicat CFE-CGC au CHU de Toulouse) : En ce qui me concerne, étant arrivé récemment au CHU de Toulouse, je n’ai pas encore le même recul global. Mais je peux témoigner du fait que, quand j’étais en poste à l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (APHP), j’y ai constaté les mêmes difficultés que Fabienne : manque d’effectif, pression permanente, suppressions de postes basées sur des logiques comptables.

Pouvez-vous entrer dans le détail des métiers ?

Fabienne Desmots-Loyer : Le SNSH défend l’ensemble du personnel médico-technique d’un hôpital, plus précisément autour des métiers scientifiques, techniques, de recherche et juridiques, ce qui exclut les soignants. À ce titre, il représente plusieurs catégories professionnelles : les ingénieurs hospitaliers – catégorie dont nous faisons partie (faute d’un statut de chercheur dans les CHU en France) – mais aussi les techniciens de laboratoire, les personnels de la recherche clinique, les bio-informaticiens, les psychologues et les attachés de recherche clinique (ARC), ce qui représente environ 40 % du personnel d’un établissement.
 

Qu’en est-il de l’employabilité de tous ces profils ?

Guillaume Banneau : Si l’on prend l’exemple des ARC, beaucoup d’entre eux s’en vont, à force de voir leurs CDD renouvelés et d’attendre en vain un CDI à l’hôpital. Ils partent dans le privé quand ils ont de la chance, car les postes sont rares, ou suivent une formation pour trouver du travail en dehors de la santé et de la recherche. Quant aux docteurs en Sciences, leur situation illustre la problématique de la recherche en France. Vu le faible nombre de concours ouverts à ces niveaux, de nombreux jeunes docteurs ont tendance à partir à l’étranger et souvent à y rester car ils y trouvent plus facilement leur premier contrat, sont bien mieux considérés et rémunérés, et ont moins de problème pour enchaîner les contrats.

Comment caractériseriez-vous le dialogue social dans vos CHU ?

Guillaume Banneau : Notre toute jeune section du SNSH a pour objectif premier de négocier avec le CHU de Toulouse la représentativité des contractuels ainsi que la reconnaissance du diplôme de docteur. A priori, au sein du CHU de Toulouse, le doctorat n’apporte aucune plus-value sur la grille salariale par rapport à un diplôme Bac+5, pas plus le fait qu’un docteur en Sciences exerce des missions à responsabilité.

Fabienne Desmots-Loyer : À Rennes, nous avons déjà connu trois DRH. Ils font comme s’il n’y avait pas eu de dossiers avant et vous demandent de repartir de zéro à chaque fois. D’où la nécessité de leur expliquer les carrières longues, les compétences, les missions… La direction générale n’assiste que rarement au CTE, ce qui traduit son manque d’intérêt pour le personnel médico-technique. Les négociations sont difficiles, voire bloquées. Sur le statut des personnels de recherche et la reconnaissance des diplômes, les avancées sont millimétrées. J’avais demandé une liste des personnels de recherche diplômés d’un doctorat, cela n’a toujours pas été fait.

En quoi consiste la question des contractuels ?

Fabienne Desmots-Loyer : Aujourd’hui, titulaires et contractuels progressent sur les mêmes grilles. Mêmes si elles ne sont pas avantageuses, il y a une cohérence dans leurs carrières. Notre DRH essaie de les différencier, avec apparemment des avancements de carrière qui se feraient de manière séparée. Donc, demain, si les contractuels n’arrivent pas à négocier, ils évolueront moins vite. Là encore, nous bataillons pour empêcher cela.

À vous entendre, on a l’impression qu’il y a un souci de reconnaissance professionnelle de vos métiers.

Guillaume Banneau : Tout à fait. C’est exactement le problème que nous rencontrons.

Fabienne Desmots-Loyer : Le SNSH a montré dans une enquête conduite au plan national qu’il y a une hétérogénéité entre CHU et à l’intérieur des CHU. Parce qu’il y a une gestion autonome de chaque hôpital et, à l’intérieur de chaque hôpital, des différences de gestion entre les ingénieurs. C’est la DRH qui décide localement d’une reconnaissance ou pas de ses agents pour telle ou telle mission.

Est-ce une bonne chose par rapport à l’autonomie des hôpitaux ?

Guillaume Banneau : C’est bien si vous êtes dans l’hôpital qui paie le mieux !

Un dernier mot sur votre combat syndical ?

Guillaume Banneau : Le plus qu’apporte le SNSH, c’est que nous sommes tous acteurs sur le terrain, représentants de gens dont nous connaissons le métier. À titre personnel, j’ai travaillé toute ma carrière avec des techniciens de laboratoire, des ARC et des bio-informaticiens, ce qui me permet d’avoir une bonne vision des postes et des fonctions qu’ils occupent. Je ne suis pas certain qu’il en soit de même pour un syndicat généraliste et c’est là-dessus que nous devons appuyer notre message.

Propos recueillis par Gilles Lockhart

(*) Dans la fonction publique hospitalière, les personnels non médicaux votent pour désigner leurs représentants au sein des comités techniques d’établissements (CTE) ou du comité consultatif national (CCN).