CMA CGM : la CFE-CGC signataire de l’accord salarial

Sujet actuellement brûlant dans de nombreuses entreprises, tant les revendications salariales et en faveur d’un meilleur partage de la valeur s’expriment avec force, la négociation annuelle obligatoire (NAO) a trouvé un débouché favorable chez la Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA CGM), un des leaders mondiaux du transport maritime et logistique.

Conclu en décembre dernier avec la direction et signé par la CFE-CGC, quelques semaines après un accord relatif au télétravail, l’accord NAO contient plusieurs avancées significatives sur le terrain salarial parmi lesquelles :

  • une augmentation générale des salaires réels de base de 2 % à compter du 1er janvier 2022 pour l’ensemble du personnel sédentaire de l’entreprise (dont les cadres au forfait-jours, dont la grille de salaire était gelée depuis plusieurs années) ayant une ancienneté minimale de trois mois, à l’exception des cadres dirigeants ;
     
  • des augmentations individuelles sélectives à hauteur de 2 % de la masse salariale ;
     
  • des primes individuelles à hauteur de 7 % de la masse salariale ;
     
  • des dispositions pour lisser, d’ici 2025, les écarts salariaux entre les femmes et les hommes.

11 % DE LA MASSE SALARIALE REDISTRIBUÉE

« Nous demandions que soit clarifiée la politique des mesures individuelles, avec des enveloppes distinctes pour l’AG, pour les AI et pour les primes : c’est chose faite, résume Jean Ducrot, délégué syndical CFE-CGC, élu suppléant au comité social et économique (CSE) et au comité social et économique central (CSEC). Certes, nous espérions une autre distribution des 11 % avec une AG à 3 % pour compenser l’inflation, mais il faut se rendre à l’évidence : 11 % de la masse salariale redistribuée, c’est du jamais-vu à la CMA CGM, et très peu d’entreprises de cette taille (110 000 salariés dans le monde dont plus de 2 600 au siège à Marseille) rétribuent leurs salariés de la sorte. »

« Maintenant, c’est au tour des managers de jouer leur rôle, poursuit Chantal Castel, déléguée syndicale centrale CFE-CGC. Avec une enveloppe de primes de 7 % de la masse salariale et la possibilité, pour la deuxième année consécutive, de partager entre tous les collaborateurs sans restriction, les managers peuvent allouer à chacun une prime équivalente à 4 200 euros ou une prime quasi équivalente à un mois de salaire. 

MOBILITÉ, COMPTE ÉPARGNE-TEMPS ET PROCHES AIDANTS AU MENU DE PROCHAINES NÉGOCIATIONS

Outre la composante salariale, l’accord NAO prévoit par ailleurs l’ouverture de prochaines négociations sur la mobilité durable, le compte épargne-temps (CET) et la solidarité, en particulier le statut du salarié proche aidant. Autant de sujets sur lesquels la CFE-CGC fera valoir ses propositions. « Nous restons également mobilisés pour modifier la prime d’ancienneté, accélérer le travail de classification des métiers du groupe et faire que ce dernier s’engage à moins délocaliser, à moins externaliser et à ramener des compétences au siège », précise Jean Ducrot.

UN ACCORD STRUCTURANT SUR LES HORAIRES ATYPIQUES

Au terme d’une négociation qui aura duré trois ans avec les organisations syndicales, la CMA CGM vient également de conclure un accord concernant les métiers atypiques, à savoir les salariés soumis à des horaires particuliers (nuit, week-end ou jours fériés) pour assurer la continuité d’activité. Paraphé par la CFE-CGC, « l’accord précise les règles applicables au travail programmé, aux astreintes et aux missions de longue durée avec davantage de clarté concernant les modalités de mise en œuvre et une liste exhaustive de tous les métiers concernés », souligne Jean Ducrot. S’agissant du travail programmé, l’accord prévoit notamment un roulement au sein des équipes et un planning nominatif communiqué avec un délai de prévenance minimum d’une semaine.

Dans le détail (plus d’infos ici), le texte fixe ainsi diverses dispositions dont les compensations pécuniaires pour les astreintes et les compensations en repos en cas d’intervention, sur site ou à distance. « La CFE-CGC est globalement satisfaite de cet accord qui formalise en particulier une reconnaissance des contraintes du métier de responsables opérations et une reconnaissance des contraintes des métiers avec un éloignement familial », indique Chantal Castel.

ENCORE DU TRAVAIL ET DES RETARDS À COMBLER

Si les accords signés permettent une avancée des conditions de travail et de la rémunération, la section syndicale CFE-CGC de la CMA CGM n’est pas dupe. « Plusieurs sujets traînent depuis trop longtemps, tempère en effet Chantal Castel. Les écarts salariaux entre les femmes et les hommes sont en discussion depuis plusieurs années. Depuis deux ans, 0,2 % de la masse salariale devait être dédiée à ce sujet. Pourtant, de nombreux critères imposés par la direction conduisent à écarter trop de femmes du dispositif et peu de réunions de revue de salaires ont été conduites. Qui plus est, la CFE-CGC craint que les écarts de salaires ne soient réduits par les primes exceptionnelles de cette année, au lieu de récompenser les collaborateurs méritants. »

Concernant la mobilité, dont la négociation doit débuter cette année, la CFE-CGC rappelle que la loi d’orientation des mobilités date de décembre 2019, et que les discussions auraient donc dû déjà être entamées. Idem s’agissant du CET et de la négociation sur les proches aidants, pour laquelle la CFE-CGC souhaite intégrer la prise en compte des travailleurs en situation de handicap.

Mathieu Bahuet